Réemploi et économie circulaire dans le bâtiment
Le bâtiment produit chaque année une part considérable des déchets en France. Pourtant, une grande partie de ce qui est démoli pourrait servir à nouveau : des tomettes, des portes, des sanitaires, des poutres, de la moquette. Le réemploi consiste à organiser cette seconde vie dès la conception du projet. Voici comment il fonctionne, ce que dit la réglementation et comment nous le pratiquons.
Réemploi, réutilisation, recyclage : de quoi parle-t-on ?
Les termes sont proches mais ne recouvrent pas la même chose. Le réemploi consiste à utiliser de nouveau un produit pour le même usage, sans qu’il soit devenu un déchet : une porte reste une porte. La réutilisation concerne un élément devenu déchet, puis remis en état. Le recyclage, enfin, transforme la matière pour fabriquer un nouveau produit, par exemple du béton concassé en granulats.
Ces solutions sont hiérarchisées : la priorité va à la prévention, c’est-à-dire conserver ce qui peut l’être, puis au réemploi, puis au recyclage et aux autres formes de valorisation. L’élimination en décharge vient en dernier.
On distingue aussi le réemploi in situ, quand les matériaux sont reposés sur le même chantier, et le réemploi ex situ, quand ils partent vers d’autres projets, souvent par l’intermédiaire de plateformes spécialisées.
Le diagnostic PEMD : le point de départ
Depuis la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (dite loi AGEC) de 2020, l’ancien diagnostic déchets avant démolition a été remplacé par le diagnostic PEMD, pour « produits, équipements, matériaux et déchets ». Il s’applique depuis le 1er juillet 2023 aux opérations de démolition et de rénovation significative portant sur plus de 1 000 m² de surface de plancher cumulée, ainsi qu’à celles concernant un bâtiment ayant accueilli une activité agricole, industrielle ou commerciale avec des substances dangereuses.
C’est le maître d’ouvrage qui doit le faire réaliser, par un professionnel compétent, avant les travaux. Le diagnostic recense les éléments présents dans le bâtiment, identifie ceux qui peuvent être réemployés et oriente les autres vers les filières de valorisation adaptées. Il est transmis au CSTB via une plateforme nationale. À la fin du chantier, un formulaire de récolement indique ce qui a réellement été réemployé ou valorisé.
Pour les petites opérations non soumises à l’obligation, un inventaire de même nature reste très utile : c’est lui qui permet de chiffrer le réemploi et de l’intégrer aux marchés de travaux.
Le curage sélectif
Le curage consiste à vider un bâtiment de ses éléments non structurels (cloisons, faux plafonds, revêtements, équipements) avant une réhabilitation. Lorsqu’il est sélectif, il se fait de manière ordonnée : on démonte au lieu de casser, on trie par matériau et on protège ce qui est destiné au réemploi.
Cela demande plus de temps qu’une démolition classique, mais réduit les volumes de déchets mélangés, souvent coûteux à évacuer. Le cahier des charges des entreprises doit le prévoir explicitement : méthodes de dépose, conditionnement, stockage, traçabilité.
Faire vivre le réemploi dans le projet
Concevoir avec l’existant
La forme la plus efficace d’économie circulaire est de ne pas démolir. Conserver une structure, une charpente, des cloisons ou des revêtements en bon état évite à la fois des déchets et la fabrication de produits neufs. Cela suppose un diagnostic précis et une conception qui accepte de composer avec ce qui est là.
Reconditionner et reposer
Les matériaux déposés pour être réemployés in situ passent souvent par un reconditionnement en atelier : nettoyage, contrôle, remise en état. Ils doivent ensuite être intégrés au calepinage et aux détails du projet, ce qui relève du travail de l’architecte.
Sécuriser techniquement et juridiquement
Les matériaux de réemploi doivent offrir les mêmes garanties que des produits neufs en matière de sécurité et de performance. Les règles de l’art se structurent : en 2024, les premières recommandations professionnelles sur le réemploi d’éléments de structure en acier ont été acceptées par l’Agence Qualité Construction. Le dialogue avec le bureau de contrôle et l’assureur doit être engagé tôt.
Les acteurs du réemploi
Un projet de réemploi associe plusieurs compétences : le maître d’ouvrage, qui porte l’ambition ; l’architecte, qui l’intègre au projet ; le diagnostiqueur PEMD ou le bureau d’études réemploi, qui inventorie et évalue les gisements ; les plateformes de réemploi, qui collectent, stockent et redistribuent ; et les entreprises, qui déposent et reposent. Les déchets non réemployables relèvent quant à eux de la filière à responsabilité élargie du producteur des produits et matériaux de construction du bâtiment, créée par la loi AGEC.
Nos projets liés
- Reconversion espace tertiaire – Mantes-la-Jolie : un ensemble de 2 600 m² entièrement curé et transformé, avec un réemploi in situ et ex situ assuré en partenariat avec la plateforme Réemply.
- Restructuration lourde d’un ensemble immobilier – Pantin : une restructuration préférée à la démolition, un diagnostic PEMD avec le bureau d’études réemploi Batirim et le réemploi in situ, après reconditionnement en atelier, de tomettes, pavés, sanitaires et poutres métalliques.
- Centre de formation – Issy-les-Moulineaux : le choix du réemploi, notamment pour la moquette, avec un calepinage de dalles découpées en triangles dessiné par l’agence.
- Aménagement de bureaux – Paris 16 : un aménagement qui préserve au maximum le cloisonnement, les revêtements de sol et les plafonds existants.
- Habitat modulaire – Containers : une étude de modèle d’habitat pour personnes âgées à partir de containers maritimes réemployés.
Nous appliquons aussi ces principes à nous-mêmes : nos nouveaux locaux, partagés avec l’atelier Alt R dans une ancienne usine reconvertie de 160 m² à Montreuil, font une large place au réemploi et aux matériaux biosourcés.
Questions fréquentes
Mon projet est-il soumis au diagnostic PEMD ?
Oui s’il s’agit d’une démolition ou d’une rénovation significative portant sur plus de 1 000 m² de surface de plancher cumulée, ou d’un bâtiment ayant accueilli certaines activités avec des substances dangereuses. En dessous, le diagnostic n’est pas obligatoire mais reste recommandé.
Le réemploi coûte-t-il plus cher ?
Pas nécessairement. La dépose soignée et le reconditionnement ont un coût, mais ils sont compensés en partie par les économies sur les matériaux neufs et l’évacuation des déchets. Le bilan dépend des gisements et doit être évalué au cas par cas.
Les matériaux de réemploi sont-ils assurables ?
Oui, à condition de justifier leurs performances et leur bonne mise en œuvre. Il est essentiel d’associer tôt le bureau de contrôle et l’assureur.
Vous avez un projet de réhabilitation avec réemploi ? Contactez l’agence.
Sources : FFB – Diagnostic PEMD obligatoire au 1er juillet 2023 · DRIEAT Île-de-France / CSTB – Déchets et réemploi dans le bâtiment · FFB – Premières règles professionnelles sur le réemploi (2024)
